Les élus du Rassemblement national, suivis, comme d’habitude, de près par la droite dijonnaise d’Emmanuel Bichot, ont demandé la déprogrammation du rappeur Médine du festival de musique Golden Coast.
Ces partisans de la “cancel culture de droite” accusent Médine d’être antisémite, islamiste. Ils appuient leur raisonnement sur un tweet pour lequel Médine s’est excusé1, et par des extraits tronqués des paroles de ses morceaux2.
En réalité, sous couvert de bons sentiments, ces Maccarthystes dénoncent l’engagement politique d’un chanteur, en faveur de la gauche, de mesures sociales et de la Palestine.
L’engagement des artistes n’est pas un fait neuf: de gauche comme de droite, les chanteurs ont toujours participé à la chose publique, que ce soit comme compagnon de route du Parti communiste (Léo Ferré) ou soutien décomplexé de la droite (Michel Sardou).
Le rap n’en est pas exempt loin de là : le rap dit “conscient” en particulier dans les années 1990 et 2000 était connu pour dénoncer le quartier, sa violence, celle de la police et le racisme3. Plus récemment, on peut aussi voir un rap de droite, avec des discours de valorisation de la réussite individuelle, d’enrichissement, type American dream. Depuis le départ, cette musique n’a donc jamais été neutre et toujours été politique.
Alors, on fait mine d’oublier ces engagements anciens pour dénoncer ceux des rappeurs d’aujourd’hui, comme 2L qui met en avant un imaginaire antifasciste et un discours anticapitaliste et féministe. La dénonciation du génocide en Palestine, a été criminalisée, qualifiée d’antisémitisme, en particulier après le 7 octobre: c’est ainsi que Rock en Seine a perdu les subventions du conseil régional d’Île-de-France pour avoir osé programmer Kneecap, groupe de rap irlandais pro-palestinien. C’est exactement ce modèle que proposent les élus dijonnais de droite et d’extrême-droite : véhiculer la haine de l’autre, s’en prendre aux artistes qui dénoncent leur politique mortifère.
Et à la politique s’ajoute le racisme, en particulier face à un rappeur comme Médine, arabe et musulman.
Le rap, plus que tout autre musique, est visé par la droite, puisqu’on y retrouve essentiellement des chanteurs racisés, issus de quartiers populaires. Le caractère parfois virulent des paroles du rap, inhérent à ce style musical, n’est que le paravent derrière lequel se cache le racisme et le classicisme dont font preuve leurs contempteurs.
Or, cette critique s’en prend à des chanteurs qui pratiquent le style musical préféré des Français : le rap. Présent dans l’hexagone depuis plus de 30 ans, il rassemble les Français, jeunes, vieux, homme, femme, racisés ou non. En témoigne le succès du Golden Coast, fierté pour notre ville et notre département, dont il anglicise le nom. Il est à l’image de cette Nouvelle France, métissée et multiple.
Il y a alors une convergence entre la France insoumise et une partie du monde du rap. Pour ces rappeurs, issus de quartiers populaires qui parlent de leurs conditions d’existence et ont fait l’épreuve concrète du racisme, la France insoumise est un débouché naturel puisqu’elle est la seule organisation politique luttant concrètement pour mettre fin à ces inégalités.
Pour la France Insoumise, le rap est une culture populaire, diverse et contestataire, déstabilisant l’ordre établi, allégorie musicale du changement voulu pour la France.
Nous apportons donc tout notre soutien à Médine, aux équipes du Golden Coast, et dénonçons avec force la criminalisation de leur musique. Nous dénonçons cependant le coût prohibitif de ce type d’événement, qui prive une partie du public d’accès, ainsi que la mainmise des grandes plateformes de streaming sur la musique en France, précarisant les petits artistes et privant d’accès à la musique aux plus précaires.
De plus, le choix du site naturel de la combe aux serpents pose question d’un point de vue environnemental.
Il y a encore du chemin à faire pour rendre la culture accessible à toustes sans impacter les écosystèmes.
1 Tweet sur Rachel Khan, l’appelant ResKHANpé.
2 Un exemple: le morceau Don’t laïk, où il critique l’instrumentalisation de la laïcité pour dénoncer les musulmans, comme le fit le printemps républicain.
3 Laisse pas trainer ton fils de Supreme NTM sur les errements de la jeunesse, Demain c’est loin d’IAM croquant la vie de quartier, ou La France de Sniper critiquant la violence de l’Etat sur les noirs et les arabes.


