L’islamophobie tue


Intervention d’Issam le 3 mai 2025 à Dijon en hommage à Aboubakar Cissé

Nous sommes ici aujourd’hui pour l’appel à la Paix en Palestine mais aussi pour rendre hommage à Aboubakar Cissé et sa famille.

Aboubakar était un homme de paix, un homme de foi, assassiné lâchement dans une mosquée parce qu’il était musulman.

Ce matin-là, à 8 h, comme souvent les vendredis, Aboubakar se rendait à la mosquée pour la nettoyer, pour en prendre soin, humblement. Un homme s’approche, lui demande comment prier. Aboubakar, avec cette fraternité sincère, cette bienveillance profonde qui habite chaque musulman, accepte de lui montrer les gestes de la prière. Et c’est là, au moment de la prosternation — ce geste d’humilité, de paix, de recueillement -que cet homme, qu’il pensait accueillir en frère, sort un couteau. Et le frappe. Plus de 50 fois. Plus de 50 coups portés à un homme en prière. À un homme désarmé.

Aujourd’hui, nous disons NON à cette barbarie. Non à cette HAINE qui tue. Le silence serait une complicité. Alors nous en parlons. Nous témoignons. Nous disons son nom : Aboubakar Cissé. Et nous jurons que sa mémoire vivra dans nos cœurs, dans nos luttes et dans notre exigence de justice. Nous présentons à sa famille et à la communauté musulmane de Grand-Combes toutes nos condoléances et notre soutien dans cette épreuve. Car nous sommes tous Aboubakar Cissé !!!

Avant de poursuivre, je vous invite maintenant à observer une minute de silence à la mémoire d’Aboubakar Cissé. [Minute de Silence]

Cet acte abominable ne peut et ne doit être considéré comme un fait divers. Il est le fruit d’un climat délétère, d’une haine entretenue jour après jour contre les musulmans de France. Ce drame, comme tant d’autres avant lui, n’a pas surgi de nulle part. Il est le résultat d’une islamophobie banalisée, légitimée, construite méthodiquement par une partie de la classe politico-médiatique.

Oui !!! les mots tuent !!! C’est un acte islamophobe d’une violence extrême. Et pourtant, le Parquet national antiterroriste a refusé de se saisir de l’affaire, le ministre de l’intérieur a mis 48 heures pour se rendre sur place à la sous-préfecture et n’a même pas été rencontrer les responsables de la mosquée de la Grand-Combe.

La maire communiste de la commune a refusé de participer à la marche blanche, le sénat a refusé la minute de silence, les médias d’extrême droite ont minimisé cet acte en refusant d’employer les termes d’acte terroriste Islamophobe. Malgré les éléments clairs, malgré le mobile évident, malgré la charge symbolique et religieuse de cet assassinat, l’État, les politiques et les médias refusent de nommer les choses.

Ce silence, ce refus de qualification, est une insulte à la mémoire d’Aboubakar et à toutes les victimes de haine religieuse. Il révèle un deux poids, deux mesures insupportables. Il révèle aussi une banalisation de l’islamophobie, jusque dans les institutions censées nous protéger. Mais cette haine, elle ne tombe pas du ciel. Elle est nourrie, entretenue, légitimée par des discours politiques irresponsables, par des médias qui répandent la peur, et par des lois qui ciblent spécifiquement les musulmans, comme la loi dite « contre le séparatisme ».

Aujourd’hui, à la tête du ministère de l’Intérieur, nous avons Bruno Retailleau, un homme qui, dans un discours public, a terminé par ces mots terribles : « Abat le voile ».

Quand un ministre en fonction s’en prend ainsi à des symboles religieux, quand il désigne une partie de la population comme problème, il ne fait pas que parler : il arme les esprits violents !!! Et cette haine, qui n’est pas d’aujourd’hui, est institutionnalisée, avec la loi dite contre le séparatisme, une loi qui ne vise pas le radicalisme violent, mais le simple fait d’être musulman et visible.

Et je n’oublie pas !!! Certains qui se disent de Gauche humaniste suivez mon regard, qui parlent de violence au lieu d’attaque terroriste, qui parlent de racisme au lieu d’Islamophobie, terme qui est repris par toutes les instances internationales, participent insidieusement à ce climat Islamophobe. De même, ils refusent d’utiliser le mot génocide pour nos frères et sœurs Palestiniens qui se font massacrer depuis des décennies, et nous rétorquent : « oui mais Israël est la seule démocratie de la région et a le droit de se défendre ».

Il n’y a plus de défense quand il y a un génocide. Cette classe politique n’a rien de gauche, n’a rien d’humaniste. Elle applique comme tous les autres le deux poids deux mesures, nous considérant comme des Français de seconde zone.

L’ensemble de la classe politico-médiatique, à part quelques exceptions qui va de la France Insoumise à l’extrême gauche. Ils nous accusent de séparatisme, alors que ce sont eux qui divisent. Ils nous parlent de laïcité, mais n’en font qu’une arme contre les croyants musulmans. Ils votent des lois contre le voile dans les compétitions sportives, contre les abayas à l’école, ils visent nos associations, nos écoles comme l’acharnement que subit le lycée Avéroès , nos lieux de culte, nos familles … puis ils s’étonnent que certains se sentent exclus de cette République.

Mais la République, ce n’est pas cela. La République, c’est la liberté de conscience, c’est l’égalité devant la loi, c’est la fraternité entre tous les citoyens, quelle que soit leur foi. La République, ce ne sont pas des lois d’exceptions qui ciblent une religion en particulier. Ce sont des droits, des protections, un socle commun où chacun peut vivre sa foi en paix.

Nous devons nous lever, pas seulement pour pleurer Aboubakar, mais pour refuser cette République dévoyée. Face à la haine, nous devons répondre par la dignité. Face à la violence, nous devons répondre par l’engagement.

Je vous le dis : le changement ne viendra pas d’en haut. Il viendra de nous.

Alors, que faire ? Rester debout. Parler. Témoigner. Se rassembler. Refuser l’indifférence. Défendre, partout, la justice et l’égalité. Face à l’islamophobie, au racisme, à toutes les formes de haine, nous devons opposer une solidarité inébranlable, une fraternité active.

Aboubakar Cissé n’est pas une victime de plus dont on doit tourner la page. Il est un repère moral. Un rappel de ce que la barbarie peut faire quand on laisse la peur remplacer l’humanité. En son nom, pour sa mémoire, pour Gaza engageons-nous à ne pas détourner le regard, à élever la voix, à tendre la main. Car c’est ensemble, et seulement ensemble, que nous pourrons bâtir une société digne, où personne n’aura à craindre de vivre sa foi, son origine ou son identité.

Aboubakar Cissé, on ne t’oubliera pas. Ton nom résonne dans nos cœurs, et ta lumière continue de briller dans nos luttes.